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Parcours remarquables Publié le 01 juillet 2019

Catherine Bouguer: “ C’est une grande satisfaction de collaborer et de consacrer son temps à une bonne cause ”

Pour certaines personnes, l’heure de la retraite ne signifie pas la fin de toute activité, mais le commencement d’une nouvelle étape pour explorer de nouveaux horizons. Il y a trois ans, Catherine Bouguer était sur le point de prendre sa retraite après une longue carrière dans le secteur du marketing. Cependant, loin de se limiter aux stéréotypes de la retraite, elle a décidé que sa carrière ne s’arrêtait pas là. Parce que, pour elle, cette étape de la vie n’était pas une fin en soi, mais l’occasion d’apporter ses connaissances pour défendre une bonne cause et de maintenir une activité intellectuelle. C’est ainsi qu’elle a décidé de devenir bénévole de l’ONG Electriciens sans frontières, en tant que déléguée régionale et coordinatrice de projet.

Question: Pourquoi Electriciens sans frontières ?
Réponse: J’ai toujours voulu faire partie d’une ONG et j’ai trouvé qu’Electriciens sans frontières était une organisation particulièrement intéressante. Ma première motivation était que c’était une bonne façon de maintenir une activité intellectuelle et de faire partie d’une association qui travaille pour une bonne cause. En même temps, cela me permettait de continuer à exercer ma profession, car pour développer un projet, il est indispensable de se centrer sur la communication, le marketing et la recherche de partenaires. J’ai travaillé pour Électricité de France, et l’idée de collaborer à des projets en faveur de l’accès à l’électricité et à l’eau m’a donc enthousiasmée.

En France, Electriciens sans frontières compte environ 1 300 bénévoles. C’est une organisation relativement petite si nous la comparons à d’autres, comme Médecins sans frontières. Ce qui m’a particulièrement plu, c’est que nous partageons la même philosophie : aider les gens et contribuer à changer la réalité de différents lieux et nous engager à apporter et à installer des panneaux photovoltaïques, des pompes solaires et des générateurs. C’est une grande satisfaction de collaborer et de consacrer son temps à une bonne cause. Malgré les difficultés qui peuvent survenir, nous faisons toujours tout notre possible pour aider.

Q: Quelles sont, selon vous, les compétences qu’un bénévole d’Electriciens sans frontières doit avoir ?
R: Beaucoup de gens rejoignent Electriciens sans frontières parce qu’ils veulent aider les personnes en situation de pauvreté et faire du travail humanitaire. Ils ont généralement une expérience technique, mais il y a de la place pour tout le monde. L’organisation recherche des personnes pour travailler dans l’animation, la communication, le parrainage, les partenariats et la collecte de fonds. Vous ne pouvez pas mener un projet sans ces aspects.

Q: Vous vivez dans un pays du premier monde… Comment vivez-vous vos déplacements dans des régions parmi les plus pauvres de la planète ?
R: Je me suis déplacée en Dominique après l’ouragan Maria. Ma mission n’avait pas un caractère technique, mais ils avaient besoin de quelqu’un pour parler avec les autorités, pour déterminer où nous pourrions installer les générateurs. Nous avions prévu de les installer dans des centres de santé et nous devions savoir si cela était possible.

Ma première impression quand je me suis rendue sur place, a été de voir des gens qui vivaient une situation particulièrement terrible, mais qui souriaient toujours : ils étaient ouverts et positifs. Cela m’a marquée, car parfois en France, on a tendance à se plaindre ou être pessimiste pour des choses qui n’en valent pas la peine. Ces habitants de la Dominique avaient tout perdu, mais ils gardaient le sourire et l’envie de reconstruire leur île. Je pense que nous pouvons tous apprendre de ces situations et nous estimer heureux de ce que nous avons. J’ai trouvé cette expérience très enrichissante et j’ai hâte de participer à une autre mission.

 

 

Q: Comment s’est déroulé le processus d’acheminement de l’électricité vers la Dominique ?
R: En Dominique, il était difficile d’accéder à l’île, car ils avaient perdu 97 % de leur réseau électrique. Notre priorité était de changer cette situation. Nous avons collecté des générateurs pour les installer dans les centres de santé et les écoles, afin que les élèves aient accès à l’éducation. L’électricité est nécessaire pour garantir la sécurité, nous avons donc fourni des lampes solaires individuelles, qui pouvaient également être utilisées pour recharger les téléphones portables. C’était essentiel, car les téléphones portables ou les radios ont permis de rétablir la communication avec les habitants de l’autre côté de l’île et aux villageois d’écouter les informations.

Par ailleurs, nous avons réinstallé des pompes à eau, afin que les habitants puissent avoir accès à l’eau.

Q: Quels sont les domaines d’intervention d’Electriciens sans frontières ? Travaillez-vous en collaboration avec d’autres organisations ?
R:
Nous avons trois domaines d’intervention. Le premier est le développement, qui comprend la création du projet et l’installation ultérieure de panneaux photovoltaïques, de pompes solaires ou de générateurs. C’est l’aspect le plus important, puisqu’il représente 80 % de notre activité. Nous centrons notre action sur les zones rurales, pour fournir aux villageois un accès à l’électricité. Cela est important par exemple pour permettre le refroidissement du matériel médical dans les centres de santé et pour assurer les cours du soir dans les écoles.

Le deuxième domaine est l’intervention en situation d’urgence ou de post-urgence. En général, la Croix-Rouge fait appel à nous pour intervenir après une catastrophe naturelle, telle que des ouragans ou des tremblements de terre.

Le troisième domaine est celui de l’assistance technique. Nous travaillons avec la Croix-Rouge, Médecins sans frontières ou encore Rise Against Hunger pour couvrir des besoins en électricité. Nous avons par exemple eu l’occasion de collaborer avec Médecins sans frontières, car ils prévoyaient de reconstruire un hôpital en Syrie. Nous avons donc participé à la reconstruction de l’hôpital.

Q: Comment se déroule le processus d’acheminement de l’électricité dans les zones défavorisées ou en situation de post-urgence ?
R:
L’organisation a pour philosophie de n’agir que lorsque quelqu’un demande notre aide. C’est la première étape : il est important de comprendre le cadre et d’identifier les exigences. La seconde consiste à constituer une équipe et à affecter un chef de projet. Nous rassemblons le matériel nécessaire et les mettons dans des conteneurs. Ensuite, nous les envoyons dans le pays concerné, car il nous est généralement impossible d’acheter du matériel électrique sur place. Heureusement, Electriciens sans frontières peut compter sur des partenariats durables pour la fourniture d’électricité. Par exemple, Prysmian Group, qui nous fournit des câbles. Et lorsque tout est prêt, nous entrons en action.

Outre les contributions des sponsors ou des partenaires, nous impliquons les bénéficiaires : les habitants du lieu d’intervention. Par exemple, pour un projet mené au Laos, les villageois nous ont aidés à transporter le matériel à pied et nous les avons informés des aspects fondamentaux de l’utilisation du matériel.

Q: Que se passe-t-il après l’installation ?
R: Electriciens sans frontières assure le suivi des équipements jusqu’à dix ans après leur installation. Nous enseignons aux villageois comment changer les batteries, les lampes et les régulateurs de l’équipement. Le fait que les bénévoles enseignent et travaillent en collaboration avec les villageois est pour eux une occasion de créer leur propre activité ou leur entreprise autour du projet. C’est donc aussi un moyen de créer des emplois.

En plus d’instruire les villageois, les bénévoles vérifient eux-mêmes que le matériel est toujours fonctionnel. Ainsi, lorsqu’ils mènent un projet dans un pays où d’autres équipements ont déjà été installés, ils les vérifient et effectuent les réparations nécessaires.

Photo: Electriciens sans frontiéres/Catherine Bouguer