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Publié le 15 mai 2019

Cyrus West Field : l’homme qui a fait battre le monde à l’unisson

L’homme d’affaires américain qui a rendu possible la pose des premiers câbles qui traversaient l’Océan atlantique et qui reliaient deux continents en 1858.

À l’heure où l’humanité est habituée à la communication quasi instantanée, il est difficile d’imaginer les efforts, parfois énormes, qui se cachent derrière de nombreux gestes de notre quotidien. Du simple coup de fil à l’ouverture d’un e-mail, du virement bancaire à l’achat d’actions en bourse, notre quotidien dépend d’infrastructures dont nous ne connaissons presque rien.

Nous recevons des nouvelles, de temps en temps, des satellites artificiels qui gravitent autour de la Terre et qui facilitent les connexions. Mais, les milliers de kilomètres de câbles qui connectent notre planète passent complètement inaperçus. Des câbles qui traversent les continents, qui les relient via les océans et qui rendent possible la majeure partie des communications actuelles.

Aujourd’hui, les câbles sont standards car ils offrent plus de fiabilité et de capacité, et moins de latence que les communications par satellite. Mais, ils seront plus importants dans un avenir immédiat lorsque la 5G, la cinquième génération des réseaux mobiles, sera complétement déployée.

Cependant, aujourd’hui nous ne voulons pas regarder en arrière mais plutôt admirer le premier pas qui a rendu possible cette communication instantanée et qui a vu le jour il y a plus de 150 ans.

Les premiers pas vers la connexion instantanée

Pendant de nombreux siècles, lorsque l’homme souhaitait se tenir au courant des événements, il devait se faire à l’idée que ses messages arrivaient à la vitesse d’un cheval, d’un pigeon voyageur ou plus tard, d’un train ou d’un bateau à vapeur. Puis, en 1844, Samuel B. Morse envoya le premier télégramme. Le télégraphe était le premier moyen de communication électrique. Son apparition a rompu le lien transport-communication et a ainsi brisé la dimension spatio-temporelle qui constituait une barrière pour la communication humaine. Une porte s’ouvrait alors sur le monde de la simultanéité.

En très peu d’années, les câbles du télégraphe ont parcouru la terre et le monde commençait à rétrécir car en France et en Espagne ont pouvait savoir de manière quasi instantanée ce qui se passait en Russie ou au Portugal. Seulement une décennie après cet événement, en 1850, les fils de cuivre qui transportaient les signaux électriques étaient déjà isolés à la gutta-percha (une sorte de caoutchouc) et placés au fond de la mer. C’est ainsi que les communications électriques ont réussi à franchir La Manche pour relier le Vieux Continent aux Îles britanniques. Mais, personne n’osait encore imaginer que les câbles du télégraphe traverseraient les océans. Jusqu’à ce que Cyrus West Field en ait eu l’idée.

Le grand défi transocéanique

Cyrus West Field était un financier new-yorkais qui n’avait aucun lien avec le secteur des télécommunications et qui s’y est intéressé après avoir rencontré Frederick Newton Gisborne. Ce dernier était un ingénieur à la tête d’un projet qui voulait relier le Nord-Ouest des États-Unis à l’aide d’un câble télégraphique. Le projet avait échoué. Cependant, loin d’être découragé par l’échec de l’ingénieur, le financier estima que son pari pouvait être encore plus ambitieux et il lui proposa ainsi de relier l’Europe et l’Amérique. Cet homme d’affaires ne savait pas que les spécialistes considéraient cette aventure totalement impossible. Morse lui-même pensait que le projet était viable sur papier. Mais en réalité, de nombreux points restaient en suspens : comment allait se comporter le câble dans les fonds inexploités de l’océan ? Les courants, les plantes et la faune marine allaient-ils altérer les communications ? Comment allait fonctionner le signal électrique sur une si grande distance ?

De nombreuses questions se posaient, mais il n’y avait aucun moyen d’y répondre sans passer à l’action. Et Cyrus West Field était l’homme prêt à se lancer dans ce projet. Il était tellement enthousiaste qu’il a réussi à réunir autour de lui assez de personnes pour fonder l’Atlantic Telegraph Company, et grâce à la vente d’actions, ainsi que les fonds nécessaires pour pouvoir se lancer dans cette aventure. Le gouvernement britannique et le Congrès des États-Unis rejoignirent le projet et commencèrent alors les longs préparatifs pour un défi encore jamais imaginé. Il fallait non seulement fabriquer le câble et réussir à l’isoler, mais aussi employer des bateaux capables de recevoir une charge aussi lourde et singulière.

Un défi pavé de difficultés

Les bateaux appareillaient au milieu d’une grande fête en août 1857, mais lorsqu’ils avaient parcouru plusieurs centaines de milles, un léger problème technique survint au fond de l’océan ; le câble était irrécupérable. En juin de l’année suivante, les bateaux appareillaient de nouveau et une fois de plus, un problème survint suite à une tempête. Finalement, c’est au bout de la troisième tentative, en juillet 1858 que les deux continents finirent par être reliés. Le président James Buchanan et la reine Victoria échangèrent quelques mots par télégraphe et Field devint un héros national et reçut des hommages des deux côtés de l’Atlantique, sa prouesse étant comparée à celle de Christophe Colomb.

La joie de ce succès ne dura que vingt jours. Alors que Field croyait que son projet avait abouti, le câble transocéanique se cassa à cause d’une augmentation du voltage et les communications furent interrompues. Le héros devint alors le méchant en seulement quelques jours. Son échec fit couler beaucoup d’encre et fut considéré comme une pure escroquerie. Le monde l’oublia très vite.

Cependant, Cyrus West Field prouva qu’il ne se laissait jamais décourager, et plusieurs années plus tard, il réussit à réunir un nouveau capital pour tenter encore une fois cette aventure, en gardant à l’esprit les leçons apprises des échecs précédents. En juillet 1866, un nouveau et énorme paquebot traversa l’océan en y déposant un nouveau câble. Et cette fois-ci, le télégraphe émettait de manière claire, intelligible et continue. L’exploit était complet.

Un rythme unique

L’écrivain Stefan Zweig a résumé le travail de Field en disant que : “ depuis cet instant, la Terre bat au même rythme ”. Et aussi limitée que puisse nous paraître la communication télégraphique aujourd’hui, il faut reconnaître que ce premier câble est à l’origine des télécommunications instantanées que nous connaissons aujourd’hui. De nos jours, ce sont plusieurs centaines de systèmes de câbles sous-marins qui s’étendent sur environ 1 200 000 km. Tout comme le premier câble transatlantique de Cyrus West Field, ces câbles effacent les distances entres les pays, les cultures et les organisations.